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L'ésotérisme

A. Historique

B. L'ésotérisme, aujourd'hui.

C. Le symbolisme

A. Historique

     L’adjectif « ésotérique » vient du grec esôterikos (« réservé aux seuls adeptes ») et s’applique à tout ce qui est mystérieux ou incompréhensible pour la plupart des gens, comme ce qui empêche de révéler aux non-initiés certaines parties d’un rite ou d’une doctrine, surtout religieux. Cette appellation est apparue assez récemment, en 1928, sous la plume de l’historien de la gnose Jacques Matter, pour répondre à des besoins nouveaux. La raison s’efforçait alors de mettre en ordre un savoir tout neuf, en quête de légitimité scientifique : la foi désormais remplacée par la science n’était plus le juge ultime de la vérité. La critique historique se préparait à passer au crible les textes sacrés, et les Vie de Jésus s’attaquaient désormais au plus profond des croyances chrétiennes – la réalité de l’incarnation – tandis que la découverte des grands textes orientaux invitaient à relativiser et à comparer. Pourtant la solution des problèmes fondamentaux posés à l’homme de toute éternité s’éloignait au même rythme que l’élargissait le champ du savoir ; la pensée ésotérique tenta alors de répondre au « désenchantement du monde ». Elle affirma l’unité de la connaissance dans sa dimension spirituelle, rationnelle, et l’accès de l’homme à l’absolu, à la perfection divine, dans une démarche de recherche portant sur les correspondances entre l’homme, la nature et le divin. Une telle démarche suppose la réalité de ces correspondances saisies dans la multiplicité des états intermédiaires dont la connaissance relativise les fractures et prépare le salut.

    En philosophie, l’enseignement scolastique ésotérique (intérieur) était réservé à un groupe limité de disciples. En revanche, la partie exotérique (extérieure) était une activité didactique et philosophique non pratiquée à l’école, mais en public. Le langage ésotérique n’est donc accessible qu’aux membres d’une secte obéissant à des règles, pas toujours celles de la pensée scientifique, et avec des bases susceptibles d’apparaître en opposition par rapport à la culture courante. Dans le monde classique où il est né, l’enseignement ésotérique était donc réservé à un cercle restreint de disciples et dispensé sous des formes secrètes et mystérieuses. Ainsi, du fait de leur contenu purement scientifique, les livres d’Aristote étaient ésotériques sous certains aspects (ou acroamatiques), car ils n’étaient destinés qu’à ses adeptes. Par extension, le terme « ésotérique » évoque ce qui est propre aux doctrines ou aux conceptions religieuses à caractère mystérieux (théosophie, gnosticisme, etc.) et aux pratiques des sociétés secrètes et des sectes, selon lesquelles la vérité est révélée, à travers plusieurs degrés d’initiation, à un nombre restreint d’affiliés.

    Depuis le XVIIème siècle, les succès du mécanisme de Descartes puis de la raison des encyclopédistes avaient mis à mal un certain nombre de bases de la pensée traditionnelle ; en particulier l’idée que la nature était un être vivant intégré dans un cosmos où l’invisible et le visible correspondaient, où tout ce qui était perçu comme lien subtil entre les êtres, entre Dieu et la création, tout ce qui aidait à faire le saut, allait dorénavant être séparé et distribué dans un nouvel ordre logique. Comment vivre dans ces conditions l’expérience du divin, nécessairement personnelle et unique, et la lier à la transmutation du monde créé ?

    Bien avant que ne soient lancés les brûlots de l’histoire critique, les « dénicheurs de saints » [Dès la renaissance, l’authenticité de l’existence de saints- objets d’une grande dévotion populaire fut mise en doute et leurs statues sorties de leur niche] s’en étaient pris, au nom des réalités de la raison, aux innombrables intermédiaires, passeurs d’âmes, entremetteurs du divin aux pouvoirs magiques venus en ligne droite, bien souvent, de la mythologie méditerranéenne antique qui peuplaient les cieux entre Dieu et les hommes. Faute de pouvoir apporter la preuve de leur vie terrestre, ces enfants adoptifs du corps mystique chrétien furent rejetés ; leur disparition contribua à épaissir le silence de Dieu, et le saut dans l’inconnu demanda une autre préparation.

    C’est donc en tant que science du divin que l’ésotérisme tenta de poser ses jalons sur les décombres des sociétés traditionnelles laissés par la Révolution. Comme l’Eglise catholique qui refusa la « modernité » jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, les tenants de la pensée ésotérique s’accrochèrent aux anciens systèmes de connaissance, tentant de leur redonner vie en faisant valoir qu’ils n’avaient jamais été complètement compris parce que les modes de transmission pratiqués depuis bientôt deux millénaires faisaient appel à l’initiation et au secret. Tant que n’était pas élucidée la nature de ce dernier et n’étaient pas inventoriés ses contenus, les sciences modernes parleraient de ce qu’elles ne connaissaient pas. Surtout, ils reprochèrent aux systèmes de pensée dominants d’évacuer la question essentielle de l’esprit en la confondant avec l’approche critique de ses manifestations, de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Le monde ésotérique se partagea, comme la société intellectuelle du XIXème siècle tout entière, entre ceux qui rejetaient les Lumières avec ses fruits vénéneux de la Révolution et ceux qui allaient dans le sens du progrès. Ces derniers étaient les plus nombreux, ils appelaient à avancer sur cette voie en acceptant les sacrifices inévitables jusqu’à la révélation finale. Une telle attitude constituait un lointain écho du temps de l’esprit annoncé par les prophètes de la Bible, repris par le moine calabrais Joachim de Flore au XIIème siècle,et qui inspira, de près ou de loin, bien des messianismes politiques contemporains. Ils s’attachèrent à borner un champ propre aux « sciences occultes » et définirent leur méthode et leurs pratiques dans le cadre de l’occultisme – un mot nouveau qui fit fortune sous la plume du mage Eliphas Lévi en 1856, mais dont l’usage populaire était suffisamment répandu pour être consigné dans le dictionnaire.

    La voix de ceux qui dénonçaient l’errance de la modernité pu paraître d’abord une variante ou un prolongement du cri d’horreur des catholiques au long du XIXème siècle. Dans ce chœur polyphonique associant les fidèles des Eglises et les héritiers de la gnose et de l’illuminisme, sous les regards hostiles des tenants des sciences positives, la place de chacun paraissait bien aléatoire et la légitimité de la parole leur fut contestée. Le première Guerre mondiale bouleversa les données du problème et le doute s’empara des esprits après 1918. Un constat sévère fut dressé dans le déclin de l’Occident analysant la défiance envers le progrès qui avait lié le perfectionnement de l’homme à celui des sciences et des techniques. On put voir grossir alors les rangs des opposants et, parmi eux, les partisans de « l’ésotérisme traditionnel », rejetant toute nouveauté comme mauvaise en soi. Ce rejet était fondé sur l’idée d’un obscurcissement progressif des connaissances depuis la première Révélation, la « Tradition primordiale » ; le thème avait dû son succès à l’échec des Lumières avant d’être abandonné par le monde savant au milieu du XIXème siècle ; dépouillé de sa légitimité scientifique, gardée au seuil par l’initiation, au moment où les Eglises, en Occident du moins, considéraient, après deux siècles de résistance, qu’il était vain de vouloir s’arc-bouter contre le cours de la modernité.

B. L'ésotérisme, aujourd'hui.

    Le problème de la place et de la nature de l’ésotérisme se pose aujourd’hui dans des termes voisons de ceux qui avaient présidé à sa constitution. Le passage annoncé à une société « postmoderne » n’a que peu modifié le champ. Le vague de l’expression rend compte plus des changements de contours dans l’horizon spirituel précédent qu’il ne remet en cause ses structures. Si l’homme en quête d’absolu, l’homme de désir, selon l’expression de Louis-Claude de Saint-Martin, pense voir les choses de plus haut, il le fait perché sur les épaules du XIXème siècle. Autrement dit, c’est à l’aide de techniques, malgré la sécularisation du siècle dernier, que les ésotéristes argumentent aujourd’hui. Par exemple, les théories des astrophysiciens sur le big bang originel ont redonné vie à d’anciennes querelles ésotériques sur sa fin : la « délégitimation » scientifique de cette théorie qui avait séduit Pie XII en son temps n’a pas mis fin aux débats.

    La pensée ésotérique se veut coopérative, ouvrant la voie à une sorte de transfiguration, une transmutation du pratiquant par et avec sa pratique qui donne accès à l’universel, à l’absolu. Pourtant, l’homo esotericus et sa méthode sont tout à la fois hors du temps et produits de l’histoire. « Les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur père », dit un proverbe arabe, d’où la nécessité pour chacun, individuellement et collectivement, de vivre son expérience dans son propre paysage intellectuel et spirituel mais chargé du bagage des connaissances acquises par les générations passées parce que nous ne pouvons refaire la somme des expériences de ceux qui nous ont précédés. Ainsi, la tradition rapporte, parfois de façon vague, ce qui ne peut échapper à nos seules forces ici et maintenant. Les éléments constitutifs de la pensée ésotériques ne peuvent donc être mis en œuvre que dans la continuité de leur développement historique, inséparables de l’histoire religieuse de l’Occident mais aussi cette conception de la raison critique qui a travaillé à élaborer des sciences plusieurs fois millénaires.

Le désir de fixer des bornes au champ ésotérique, comme on constitue et classe un corpus de connaissances scientifiques à partir d’une « discipline reconnue », se heurte au changement fréquent de ses contenus, selon les époques et les aires culturelles.

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Tiré de « Le regard ésotérique » écrit par Jean-Pierre Laurant, aux éditions Bayard.

Tiré de « Le symbolisme ésotérique » écrit par M. Centini aux éditions De Vecchi.